« CHAQUE JOUR SUFFIT SA PEINE. »

Si nous faisions un sondage dans la rue pour connaître l’auteur de cette maxime bien connue, nous aurions sans doute des réponses variées d’auteurs classiques ? peut-être nos interlocuteurs seraient-ils surpris de découvrir que c’est un verset de l’évangile mis dans la bouche de Jésus !?
Alors, renonçons à nos habitudes et laissons-nous surprendre par cette interpellation qui renvoie à cette prière que Jésus nous a lui-même apprise « DONNE-NOUS NOTRE PAIN DE CE JOUR ». Oui, de CE jour … et non pas une quantité qui nous obligerait à agrandir nos réserves … au risque d’oublier de les partager.

Laissons la confiance interpeller nos choix quotidiens pour les vivre dans la vérité et la générosité.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.

Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ?’ ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ?’ ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ?’ Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. » Mt 6, 24-34

Ce passage d’évangile fait partie de ceux que Thérèse récite par cœur. Mère Agnès le consignera dans « Conseils et souvenirs » du 12 septembre 1897, une quinzaine de jours avant son « entrée dans la vie » :

Elle me demanda de lire l’Evangile du dimanche. Je n’avais pas le paroissien et lui dis simplement : c’est l’Evangile où Notre-Seigneur nous avertit que ‘nul ne peut servir deux maîtres’. Alors elle prit une petite voix d’enfant qui récite sa leçon et me le dit d’un bout à l’autre. CJ 12.9

Thérèse ne se contente pas de faire de la récitation. Elle s’est laissée complètement imprégner par le défi de la confiance à laquelle Jésus la convie. Nul doute sur la « Divine Providence qui nourrit les petits oiseaux sans en oublier un seul, nous donnera le pain de chaque jour ». RP 6,2

Pour Thérèse,  ce « pain de chaque jour » n’est autre que Jésus lui-même « son doux appui ». Sa célèbre poésie « Mon chant d’aujourd’hui » le rappelle à chaque strophe : tout la conduit à le rencontrer « sur la rive éternelle ».

Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…
 
Oh ! je t’aime, Jésus ! vers toi mon âme aspire
Pour un jour seulement reste mon doux appui.
Viens régner dans mon cœur, donne-moi ton sourire
Rien que pour aujourd’hui !
 
Que m’importe, Seigneur, si l’avenir est sombre ?
Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !…
Conserve mon cœur pur, couvre-moi de ton ombre
Rien que pour aujourd’hui. 
PN 5