Le courage de la douceur évangélique

Comment réagissons-nous quand nous sommes “sous pression”, que nous nous sentons attaqués ou offensés? Est-ce la colère ou la douceur qui prend le dessus?

Le Pape François, ce mercredi, nous a interpellé sur ce qu’est la douceur évangélique:

Celui qui est doux n’est pas un lâche, un « mou », qui se trouve une morale de repli pour rester en dehors des problèmes. C’est bien autre chose ! Celui qui est doux, a-t-il expliqué, n’est pas quelqu’un d’accommodant, mais le disciple du Christ qui défend la paix, et la relation qu’il a avec Dieu et ses dons, en gardant la miséricorde, la fraternité, la confiance, l’espérance. (…) La douceur est capable de vaincre le cœur, de sauver des amitiés et tant d’autres choses. (…) Il n’y a pas de terre plus belle que le cœur d’autrui, il n’y a pas de territoire plus beau à gagner que la paix retrouvée avec un frère.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos !
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Mt 5, 38-48

L’appel de Jésus à aimer ses ennemis, mais aussi son prochain, a soutenu Thérèse dans son combat de la pratique de la charité fraternelle. Elle a choisi la voie de la douceur…

 …La pratique de la charité ne m’a pas toujours été si douce, je vous le disais à l’instant, ma Mère chérie ; pour vous le prouver, je vais vous raconter certains petits combats qui certainement vous feront sourire.(…)  Une autre fois, j’étais au lavage devant une sœur qui me lançait de l’eau sale à chaque fois qu’elle soulevait les mouchoirs sur son banc ; mon premier mouvement fut de me reculer en m’essuyant la figure, afin de montrer à la sœur qui m’aspergeait qu’elle me rendrait service en se tenant tranquille, mais aussitôt je pensai que j’étais bien sotte de refuser des trésors qui m’étaient donnés si généreusement et je me gardai bien de faire paraître mon combat.
Je fis tous mes efforts pour désirer de recevoir beaucoup d’eau sale, de sorte qu’à la fin j’avais vraiment pris goût à ce nouveau genre d’aspersion et je me promis de revenir une autre fois à cette heureuse place où l’on recevait tant de trésors.  Mère bien-aimée, vous voyez que je suis une très petite âme qui ne peut offrir au bon Dieu que de très petites choses, encore m’arrive-t-il souvent de laisser échapper de ces petits sacrifices qui donnent tant de paix à l’âme ; cela ne me décourage pas, je supporte d’avoir un peu moins de paix et je tâche d’être plus vigilante une autre fois. Ms C 30 r° -31 r°

L’appel à “être parfaits comme notre Père est parfait” peut sembler fort audacieux. Mais il a suscité et décuplé le désir de sainteté chez Thérèse “la petite”, n’hésitant pas à tenir tête à des confesseurs frustrants. Mère Agnès témoignera plus tard : sa sœur Thérèse souffrait beaucoup de la part des confesseurs, des prédicateurs de retraite … On l’effrayait, on paralysait ses élans.

Mon père, je veux devenir une sainte, je veux aimer le Bon Dieu autant que sainte Thérèse”, dit-elle à un prédicateur. – Quel orgueil et quelle présomption ! lui fut-il répondu (…). Modérez vos désirs téméraires. “Mais, mon père, je ne trouve pas que ce soient des désirs téméraires, je puis bien aspirer à la sainteté, même une sainteté plus élevée si je le veux que celle de Ste Thérèse [d’Avila], puisque notre Seigneur a dit : “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait”. Voyez mon père, comme le champ est vaste ; et il me semble que j’ai le droit d’y courir.

Demandons à Thérèse de nous partager son audace et son espérance. Comme nous l’a encore rappelé notre Pape dans son exhortation apostolique Gaudete et exultate, nous sommes tous appelés à être des saints!

N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. GE34